Résidence d'artistes 2026 - Sainte Cécile Chassepierre
L'Âme de la Forêt

Nous portons aujourd’hui un projet artistique engagé : une résidence dédiée à la photographie, au cœur de la forêt ardennaise. Dans cet environnement de nature et de silence, trois photographes seront accueillis pour créer, chercher et expérimenter, à distance des contraintes habituelles de production. Pensée comme un véritable laboratoire, cette résidence offrira le temps et l’espace nécessaires à l’émergence de projets sensibles, nourris par une relation étroite au paysage et au vivant.
L’ambition est également de faire de ce lieu un espace de partage. La résidence s’ouvrira au public à travers des rencontres, une exposition et la publication d’un livre, afin de créer un dialogue entre les artistes, leurs œuvres et le territoire qui les aura accueillis.Pour l’ASBL RAWette, accompagner ces créations va bien au-delà de l’édition. Il s’agit de défendre une autre manière de penser et de produire la photographie : plus lente, plus attentive, plus libre.
RAWette entend favoriser les échanges entre artistes et publics tout en donnant aux projets les conditions nécessaires pour se développer avec exigence et cohérence. Cet accompagnement se concrétise à chaque étape par un travail éditorial, une mise en visibilité des démarches, ainsi que par la diffusion des ouvrages issus de la résidence.Le projet repose sur une conviction essentielle : redonner du temps à la création.
À l’heure où les images se succèdent et disparaissent toujours plus rapidement, la résidence et le livre proposent un autre rythme. Celui de l’observation, de l’immersion et de la construction patiente d’un regard. Le livre devient alors la trace durable de cette expérience, mais aussi un espace où les différentes écritures photographiques peuvent se rencontrer.Appelée à se renouveler chaque année, cette résidence permettra à RAWette de prolonger son engagement au-delà des pages du magazine. Non plus seulement montrer la photographie lorsqu’elle existe déjà, mais contribuer à créer les conditions de son émergence, accompagner son développement et lui offrir un espace pour rencontrer le public.

Avril Roegies
En Ardenne, je souhaite laisser la forêt raconter sa propre histoire : ses métamorphoses, ses blessures, ses renaissances. Il ne s’agit plus de la regarder à distance, mais de se reconnaître comme partie du vivant. Avec « L’Âme de la forêt », je veux recueillir ses traces, sa mémoire et son temps long, en mêlant procédés alternatifs et autoportraits. Non pour placer l’humain au centre, mais pour le montrer inclus dans un monde vivant qui nous précède, nous traverse et nous survivra.

Stéphane viseur
Ce projet est pour moi un retour aux sources. Formé en agronomie, option sylviculture et environnement, je retrouve à travers la photographie un univers forestier que mon travail de biologiste m’amène aujourd’hui moins souvent à parcourir. J’aimerais explorer la forêt de jour, du champignon à l’arbre majestueux, mais aussi de nuit, au clair de lune. Les poses longues pourraient alors révéler une autre présence, plus mystérieuse, amplifiée par les ombres et le brame du cerf.

Roxanne CaRreer
Mon regard se porte vers les lieux qui traversent le temps : piscines historiques, bibliothèques, architectures habitées par la mémoire. La forêt appartient à cette même famille. Cathédrale vivante de troncs et de lumière, elle se transforme tout en demeurant. Avec « L’Âme de la Forêt », je souhaite explorer ses perspectives, ses volumes et ses silences, mais aussi cette dimension spirituelle qui fait de chaque sous-bois un espace à la fois intime, monumental et profondément hors du temps.
L'actualité de la Résidences d'Artistes
Jour 1
Le 14 septembre 2026.
Cette première journée de résidence était avant tout consacrée à la découverte et à l’exploration. Un temps nécessaire pour permettre à chaque photographe de prendre ses marques, de s’imprégner de l’atmosphère du lieu et de commencer à construire son propre regard sur le territoire. Autour du village de Sainte-Cécile, lieu d’accueil de la résidence d’artiste, les photographes sont partis à la rencontre des paysages environnants. Chemins, espaces naturels, ambiances particulières ont constitué autant de premières pistes à observer et à photographier. Cette déambulation leur a permis de découvrir plusieurs lieux proches du village, propices à la création et à l’expérimentation photographique.
Sans chercher encore à produire des images définitives, chacun a pu observer la lumière, les matières, les couleurs et les singularités du paysage, tout en laissant émerger les premières intuitions de son travail. Une première journée placée sous le signe du repérage, de l’observation et de la rencontre avec le territoire, avant que les projets photographiques ne commencent progressivement à prendre forme au fil de la résidence.

Jour 2
Le 15 septembre 2026.
Cette deuxième journée de résidence a commencé dès 7 heures du matin, dans la fraîcheur et le calme des premières heures du jour. Après une première journée consacrée à la découverte des environs de Sainte-Cécile, chaque photographe est parti dans une direction différente, avec l’envie d’approfondir son regard et d’entamer véritablement son travail de création. Seul face au paysage, chacun a commencé à explorer le territoire selon sa propre sensibilité. Ces premières prises de vue constituent une étape essentielle : elles permettent de chercher une lumière, une atmosphère, une distance, mais aussi de faire émerger peu à peu les éléments qui nourriront l’univers photographique de chacun.La forêt devient alors bien plus qu’un simple décor. Elle se transforme en espace d’observation, de silence et d’interprétation. Au fil des chemins, entre ombres et lumières, matières végétales, arbres, clairières et détails presque imperceptibles, chaque photographe tente de saisir ce qui l’interpelle et de traduire en images une sensation personnelle du lieu.
À ce stade de la résidence, il ne s’agit pas encore de construire une série définitive, mais plutôt de chercher, d’expérimenter et de se laisser surprendre. Les premières photographies deviennent ainsi les traces d’une rencontre progressive avec le territoire et les prémices d’une écriture visuelle propre à chacun. Voici quelques images issues de ces premières explorations, comme autant de regards singuliers et de premières introspections dans l’âme de la forêt.


Avril Roegies


Stéphane Viseur


Roxanne Carreer
Jour 3
Le 16 septembre 2026.
Troisième jour de résidence pour nos trois photographes engagés dans L’Âme de la forêt. Après les premières découvertes et les premiers repérages, le regard commence à changer. La forêt n’est plus seulement un territoire à parcourir, elle devient peu à peu un espace à interpréter. Cette journée marque une étape importante dans la construction du récit photographique. Les premières images donnent des indications, ouvrent des pistes, révèlent certaines évidences.
Chacun commence à percevoir plus clairement la direction qu’il souhaite suivre et à construire une trame capable de relier les photographies entre elles. Le regard se précise. Une lumière, une présence, une ombre, un détail presque invisible peuvent devenir le point de départ d’une série. Il ne s’agit plus simplement de photographier la forêt, mais de chercher ce qu’elle suggère, ce qu’elle dissimule et ce qu’elle laisse apparaître à celui qui prend le temps de l’observer.
Trois photographes parcourent ainsi un même territoire, mais chacun y découvre une matière différente. Peu à peu, les sensibilités se distinguent et les identités visuelles s’affirment. La forêt devient le lien commun entre trois écritures photographiques qui commencent à trouver leur propre rythme.
La résidence se nourrit également de moments plus simples. Les repas, partagés après plusieurs heures passées sur le terrain, deviennent des espaces d’échange privilégiés. Les conversations reviennent naturellement vers la photographie, les images de la journée, les hésitations, les découvertes ou les pistes à poursuivre. Ces instants de convivialité prolongent le travail photographique d’une autre manière. Un regard extérieur, une discussion ou quelques mots échangés autour de la table peuvent parfois faire évoluer une idée ou ouvrir une nouvelle direction. Au terme de cette troisième journée, L’âme de la forêt commence doucement à prendre forme. Les images ne sont plus seulement des fragments glanés au fil des chemins. Elles commencent à se répondre, à raconter et à laisser apparaître trois visions singulières d’un même territoire.



Avril Roegies


Stéphane Viseur


Roxanne Carreer
Jour 4
Le 17 septembre 2026
Une nouvelle journée commence pour nos trois photographes engagés dans cette résidence autour de L’âme de la forêt. Après plusieurs jours de marche, d’attente et d’exploration sous les frondaisons, la fatigue commence à se faire sentir. Mais l’envie de poursuivre reste intacte : chaque sortie offre une nouvelle lumière, une nouvelle atmosphère, une nouvelle manière d’approcher ce territoire forestier.
Hier soir, le groupe s’est retrouvé pour une expérience un peu particulière : partir à l’écoute du brame du cerf, figure emblématique des forêts ardennaises et gaumaises. Dans la pénombre, la photographie laisse alors parfois la place à l’écoute. Les voix puissantes des cerfs résonnent entre les arbres et donnent à la forêt une présence presque mystérieuse, rappelant combien ce travail photographique passe aussi par l’immersion et l’attention portée au vivant.
Au fil des jours, l’approche de chacun s’affirme. Les rythmes deviennent différents, tout comme les horaires de départ et de retour. Dans le gîte, on se croise plus qu’on ne se retrouve : certains partent à l’aube, d’autres privilégient les dernières lumières du jour, tandis que chacun poursuit ses recherches et continue d’accumuler images, impressions et fragments de forêt. Peu à peu, les regards se précisent. La forêt reste la même, mais elle se transforme selon celui ou celle qui la photographie.
Aujourd’hui marque également un passage de relais dans l’organisation de la résidence. Catherine et Damien rejoignent l’aventure et prennent en charge la logistique, tandis que Philippe et Denis repartiront ce soir vers d’autres horizons. La résidence continue ainsi son chemin, portée par les rencontres, les départs, les arrivées et surtout par cette recherche commune : tenter, image après image, de saisir l’âme de la forêt.




Avril Roegies


Stéphane Viseur


Roxanne Carreer
Jour 5
Le 18 septembre 2026
Nouvelle journée de prise de vue pour nos trois photographes. Mais quelque chose semble avoir changé dans leur manière d’aborder la forêt. Le regard ne se pose plus seulement sur elle : peu à peu, le photographe fait corps avec son sujet. À mesure que l’immersion se prolonge, la frontière entre celui qui observe et ce qui est observé devient plus fragile. Photographier la forêt ne consiste plus seulement à en saisir les formes, les lumières ou les silences. Elle devient un espace intérieur, un territoire dans lequel chacun semble aussi partir à la rencontre de lui-même. Cette immersion se transforme alors en une étrange appropriation de soi à travers le végétal. Le rythme ralentit, l’attention s’aiguise, les sensations prennent davantage de place. Les arbres, les feuillages, l’humidité et les ombres ne sont plus de simples sujets photographiques : ils deviennent les éléments d’une expérience profondément sensible. Comme si, au fil des heures passées sous les frondaisons, une symbiose commençait à naître. La sève semble désormais circuler au-delà des arbres, gagner les corps et les regards. La forêt n’est plus seulement photographiée : elle est ressentie, habitée, presque incorporée. Peut-être est-ce là que commence véritablement la recherche de son âme.


Avril Roegies


Stéphane Viseur


Roxanne Carreer
Jour 6
Le 19 septembre 2026
La résidence touche doucement à sa fin.
Au fil des jours passés au cœur de la forêt, chaque photographe aura accumulé bien plus que des images. Il restera de cette immersion des émotions, des sensations, des silences, des lumières furtives et une multitude de fragments saisis au rythme des marches et des rencontres avec le paysage. Vient maintenant un autre temps, plus intérieur : celui de l’éditing, du choix, de la mise en relation des images, mais aussi celui de l’écriture. Il faudra trier, confronter, éliminer, rapprocher, afin de faire émerger une cohérence et de donner forme à ce qui, jusqu’ici, relevait encore de l’expérience et de l’intuition. Ce travail prolongera la résidence jusqu’à la naissance, à la mi-décembre, du livre L’Âme de la forêt. Un ouvrage où les trois regards viendront se rencontrer, se répondre et parfois se confronter, pour tenter de restituer quelque chose de cette présence invisible qui habite les bois.
Avant de refermer cette étape de la résidence, chacun des photographes vous livre une dernière émotion, quelques mots laissés comme une trace de cette immersion. Une manière de quitter la forêt… sans vraiment en sortir.


Avril Roegies


Stéphane Viseur


Roxanne Carreer
Avril Roegies
"Je déborde de bonheur de cette semaine passée parmi le vivant majestueux; au cœur des forêts qui évoluent avec la semois.Une belle aventure, remplie de rencontres, d’amitiés et de petits cadeaux que la vie a mis sur mon chemin. Je suis si reconnaissante d’avoir pu faire part de cette expérience; de consacrer une semaine exclusivement à la photographie. J’ai pu y réaliser les images dont je rêvais, parfois un peu farfelues (grimper un mirador en 20 secondes, sautiller pieds nus dans la rivière avec les écrevisses,…).
L’âme de la forêt a résonné avec la mienne. Elle m’a offert des souvenirs que je garderais toute ma vie :) "
Stéphane Viseur
Samedi soir, la résidence s'achève déjà. Comme la semaine est vite passée. Je termine fatigué et heureux d'avoir participé à cette aventure. Quel bonheur de pouvoir se consacrer intégralement pendant une semaine à sa passion pour la photo. Que plaisir d'avoir rencontré Roxanne, Avril, Denis, Damien, Catherine et Philippe, uni.e.s par un même projet. Merci à toutes et tous. Un seul bémol, ayant des horaires décalés pour faire des photographies de nuit, j'ai raté quelques déjeuners ou soupers, ces moments d'échanges pourtant si intéressants.
Vivement donc les retrouvailles pour terminer le travail:-)
Roxanne Carreer
Nous voici à la fin de la résidence. Sept jours de partage et de découvertes, de travail et de fatigue aussi… Que sont ces espaces qui traversent les générations et comment les représenter ? Comment faire coexister ma mémoire de ces lieux que j’aimais traverser il y a 40 ans et aujourd’hui ? Cela a été très difficile. Une semaine, c’est long et à la fois rien du tout, surtout pour moi qui ai toujours besoin de revenir encore et encore, de déambuler pour enfin recevoir mes coups de cœur photographiques. J’ai besoin de prendre mon temps avant de trouver mes images. Mais le ton a été donné dès le début : deux photographies par jour à partager. Un exercice exigeant, parfois frustrant, mais finalement nécessaire. Il fallait photographier, choisir, montrer, sans avoir toujours le temps de se poser toutes les questions. Cette contrainte m’a obligée à sortir de mes habitudes, à accepter de photographier autrement, à faire confiance à ce qui surgissait dans l’instant.
Cela a été une belle expérience, une autre façon de faire de la photographie. Le partage et la rencontre avec l’équipe et mes deux partenaires photographes ont été très motivants, l’ambiance et la gentillesse étant toujours au rendez-vous. Trois photographes, trois styles et des parcours tellement différents.
Le travail n’est pas fini… Maintenant, il faut créer un livre et une exposition…





